Extrait du Chapitre III.
C'est Elle qui parle.
<< A year latter, l'été arrivait très vite. Je décidais d'emmener les trois keupons qui me servaient de potes et ma cousine américaine passer quelques jours dans la maison de campagne désertée de mes parents. Heureux comme des gosses, les trois gus emportaient une mallette de secours avec tout le matériel nécessaire au cas où. Beuh, crack, mushrooms, coke, héro, LSD, ecsta, et j'en passe. Et le cas où avait lieu, fort bien évidemment. Un soir, pris d'un élan d'inspiration, le trio punk décidait d'inventer un truc nouveau. Ils tentaient de snifer des champignons, de manger de la coke, de s'injecter de la beuh et de fumer du LSD. Effet réussi, pendant que je me bourrais la gueule dans mon coin en lisant Les Fleurs du Mal ( le mélange whisky – Baudelaire était tout à fait homogène ), les trois rigolos s'essayaient à apprendre à voler, en sautant du toit de la maison et la princesse américaine rêvait seule dans les draps en soie du lit de mes parents.
Au petit matin, nous récoltions deux doigts cassés et un hématome sur la fesse gauche, avec force éclats de rire. Le soir-même, je décidais de jouer les petits chefs et leur concoctais une recette de mon invention : le gâteau au crack, qui s'averra être délicieux. Celui-ci produisit l'effet voulu : toute la nuit, nous tentions d'attraper le chien imaginaire qui courrait dans la maison et le rasions de près avec quatre rasoirs bic quand ce fut fait. Les trois ou quatre jours qui s'ensuivirent furent tout aussi fous, et la débauche devint un mot dont nous connaissions désormais la signification exacte.
De retour à Paris, je faisais le tour des fiestas et apprenais que Théo me cherchait. J'abandonnais les Fridays de peur de le croiser et passais le plus clair de mon temps dans la chambre de bonne d'un ami, à fumer de l'herbe d'Amsterdam et à composer quelques musiques. Je chantais et jouais de la guitare, il était un batteur-né et nous faisions du bon boulot.
Je cessai de le voir le jour où il me dit qu'il pensait être amoureux de moi. >>
C'est Théo qui parle.
<< Rentrée des classes, septembre 2006. J'enfourche tous les matins à huit heures ma mobylette volée et requinquée pour me rendre à l'Ecole Alsacienne où j'effectue une première littéraire. Nouveau lycée, Montaigne ne me manque pas, nouvelle bande, nouveaux potes, nouvelles conneries, nouvelles filles.
J'ai changé. Je n'arbore plus ma boule à zéro keupone, mes boucles dorées ont repoussé. Pour les autres minets de la rue d'Assas, la mèche sur le côté a simplement rallongé. Je retrouve peu à peu ma joie de vivre, mais Elle occupe toujours mes pensées la plupart du temps, me remémorant des souvenirs au goût amer. Je ne la cherche plus, je l'attends. Je sais que je la reverrai. Les filles défilent dans mon lit, je les jette de chez moi au petit matin, comme des malpropres. Elles pleurent, rictus malsain à travers la porte.
- Tu es incapable d'aimer quelqu'un ! crient-elle.
Si elles savaient. Je n'aime pas leur faire de mal, je n'ai pas d'explications pour justifier mon comportement. Je m'en fous, je n'aime qu'Elle. Je croise parfois une fille qui lui ressemble dans la rue, me retourne brusquement croyant que c'est elle. Un rêve, rien d'autre.
Ma nouvelle bande est bien plus intéressante que l'ancienne. Je me rends compte que mes vieux potes ne connaissaient rien à la musique. La vraie musique. J'apprends à aimer le Gospel, à l'adorer même. Je découvre la Boule Noire, petite salle de concert parisienne. Avant je ne fréquentais que le triangle Gibus - Tryptique - Flèche d'Or. Parfois, je variais : Paris Paris, Maroquinerie, Espace Blue...
J'ai grandi, donc. Mes sentiments avec. Quand je pense à Elle, j'ai l'impression de redevenir le gosse de 16 ans que j'étais quand j'ai croisé son regard pour la première fois. J'ai repris la musique, mon groupe marche bien, nous enchaînons les concerts, les filles sont folles de moi et me jettent des fleurs et des paquets de clopes sur scène. D'autre mes jettent des œufs. Je les accueille toujours avec plaisir.
Les cours ne m'intéressent plus, je n'écoute rien. J'obtiendrai quand même mon bac de français avec la mention « bien ». Je mange de nouveau, ma mère est aux anges.
Je travaille au mois de février, et me paye un nouveau synthé. Mon beau père m'offre une guitare sèche Fender noire laquée, magnifique. J'approfondis mes bases musicales. J'enregistre sur mon ordinateur une nouvelle version d'Angie, voix – piano – guitare. Une tuerie. Je ne la fais écouter à personne, me disant que je le réserve pour Elle. L'Espoir. C'est lui qui me tient en vie. Merci Espoir.
Mai 2007, les élections. On distribue des tracts Royaliste dans la rue et ne loupons aucune manifestation. Nous pleurerons tous ensemble en buvant du rosé Place des Vosges après avoir appris que Sarko avait remporté la majorité absolue.
Un an s'est écoulé. Un vendredi soir, soirée dans un hôtel particulier de la rue Saint Honoré. Filles magnifiques, alcool à flot et acides à volonté. Je reprend mon enquête et questionne un groupe de filles.
- Elle ? La fille au perfecto ?
Elles se marrent. Elles ont entendu parlé d'elle plus d'une fois.
- Mais on ne la connaît pas. C'est fou comme les mecs ne peuvent pas s'empêcher de tomber amoureux d'elle ! Elle n'est pourtant pas si belle...
Je les laisse avec leurs gros culs, leurs boutons et m'éloigne. Un mec a entendu notre conversation. Il ricane, prétend l'avoir baisée il y a quelque semaines. Liar. Je lui enfonce mon poing dans la gueule. Ce n'est pas le premier.
- Ca va pas mec !
Il déguerpit, l'arcade en sang. Je le regarde partir par la fenêtre. D'en bas, il se retourne et lève la tête vers moi.
- Ta meuf est une pute, mec ! Mais respect, parce qu'elle est sacrément bonne !
Il disparaît au coin de la rue, rire jaune aux lèvres. Jaune foncé, jaune pisse. Je le retrouverai un mois plus tard et lui casserai les deux poignets.
On entend beaucoup parler d'Elle, et elle fait l'objet de plusieurs mensonges. Ayant la réputation d'être une fille aussi inaccessible que le Mont Blanc, un mec sur deux se vente de l'avoir eue dans son lit.
Je me barre de la soirée, sans chercher à cacher les larmes qui sèchent sous mes RayBan que je ne quitte plus.
Un soir, Rock'n'Roll Friday au Gibus. Un hommage à Serge Gainsbourg, pour changer. Les groupes viennent chanter à leur sauce des chansons de l'artiste. Adepte du Gibus et fan de Gainsbourg qu'elle était, je savais qu'Elle viendrait.
- Plutôt mourir que de rater un Friday ! m'avait-elle dit.
Pourtant, de tous les Fridays où j'ai été cette année, je ne l'ai croisée à aucun d'entre eux.
Donc, j'accepte la proposition des organisateurs de la soirée qui me demandent de chanter une de ses chansons. Je fais ça pour Elle. Je choisis Bonnie and Clyde, sa chanson préférée, que je chanterai seul, avec ma guitare, en acoustique. Les membres de mon groupe tirent la gueule.
Deux semaines durant, je travaille le morceau et me l'approprie. Le résultat est parfait, et, en toute modestie, bien mieux que l'original. Je l'enregistre sur mon ordi, la classe dans le même ficher qu'Angie. Chansons secrètes.
J'ai réconcilié Gainsbourg avec l'ancien moi-même.
Trois jours et je suis sur scène. >>
(L'intégralité de la nouvelle sera
bientôt en ligne sur un autre site.)
.